De la Révolution en Iran (texte revu et corrigé)

Les manifestations qui ont secoué l’état Iranien à l’issue des élections présidentielles de 2009 n’ont pas abouti au renversement de régime escompté par certains. Ceux-ci basaient leur espoirs sur un calcul relativement simple: le manque à gagner que les restrictions commerciales et financières imposent aux agents économiques Iraniens, allaient retourner ces derniers contre le gouvernement en place et permettre l’emergence d’une alternance politique.

Ce mouvement s’est pourtant écrasé contre une réalité politique et sociale qui ne semble favoriser que le gouvernement en place. Car si le pays est en effet capable d’un développement et d’une créativité surprenants, la répartition de ses forces vives n’est pas du tout homogène. Concentrés dans les grandes villes et surtout la capitale, Téhéran, les bases du réformisme Iranien, des populations qui sont relativement aisées et éduquées, peinent à étendre leur influence dans les modestes zones rurales qui, de par leur supériorité numérique, cimentent les fondations de la république Islamique.

Or cette profonde division entre centre et périphérie semble fausser le calcul des gouvernements occidentaux qui, visiblement lancés dans une tentative pour le moins aventureuse de changement de régime, poussent la société Iranienne vers une impasse dangereuse.

Certes, cette politique de tension peut —à court terme—inciter le gouvernement Iranien à faire des concessions sur le dossier nucléaire, mais elle ne crée guère les conditions d’un changement de régime que de nombreux journalistes se plaisent à répéter.

Cependant, les sanctions économiques contre l’Iran, contrairement à une idée trop répandue, ne vont pas forcément dans le sens d’une réforme politique du pays. En effet, sur le long terme, les sanctions tendent à affaiblir les « leviers » d’une potentielle réforme et amoindrissent les chances d’un changement en profondeur. Les sanctions risquent d’éloigner la possibilité d’une transformation sociale que seule une croissance économique tonitruante peut apporter.

Dans son analyse des mouvements révolutionnaires, Alexis de Tocqueville remettait en cause l’idée selon laquelle l’appauvrissement des populations pussent créer les conditions d’une insurrection. Au contraire, disait-il, c’était l’enrichissement progressif de populations jusqu’alors défavorisées qui ouvrait un horizon d’opportunités nouvelles, qui faisait entrevoir à ces personnes la possibilité d’une émancipation politique qu’ils n’avaient jusqu’alors jamais osé contempler. Car un appétit en appelle d’autres: l’enrichissement crée de nouveaux besoins. C’est l’appât du confort matériel qui libère les seules forces qui puissent changer en profondeur une société. Tocqueville l’avait observé en France et aux Etats-Unis.

L’intention de Tocqueville n’était pas de faire de cet énoncé une règle générale. Il s’agissait plutôt, pour lui, de relativiser un lieu commun trop répandu et qui trop souvent conduisait nos politiques à l’erreur. Tocqueville comprenait trop bien les difficultés inhérentes à la généralisation dans le domaine des affaires humaines. Il préférait donc faire appel à la prudence des hommes en leur proposant d’intelligentes « contre-banalités » qu’il élaborait après de minutieuses observations.

Dans le cas Iranien, cette « contre-banalité » devrait, je l’espère, susciter la même prudence. Car peut-on croire que nos politiques et haut fonctionnaires soient véritablement engagés dans une campagne de changement politique en Iran? Rien de plus incertain. Bien que déguisée comme telle, l’objectif de nos chancelleries est forcément plus réaliste. 

Acculés par l’imminente désagrégation du traité de non-prolifération nucléaire, les états engagés dans de dures négociations avec l’Iran cherchent surtout, à mon avis, à freiner une banalisation de l’arme nucléaire au Moyen Orient qui, de plus en plus, semble être inéluctable. Le changement de régime est moins une fin en soi qu’un moyen de pression. Une menace peu crédible, érigée comme spectre au milieu du désert.

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