Je viens de retrouver, parmi mes papiers, un édito de l’ABC copié lors d’une recherche à la Biblioteca Nacional de España en 1999. 
Publié le 14 Juillet 1940 par Manuel Aznar, grand père de l’ancien premier ministre espagnol José-Maria Aznar, ce texte se présente comme une explication de la “politique européenne” de l’Espagne.
Or, très vite, le lecteur observe que Manuel Aznar n’évoque cette “politique” que de manière évasive. La place de l’Espagne dans ce “nouvel ordre mondial”, n’y est discutée que vaguement. 
Manuel Aznar préfère limiter son article aux motifs idéologiques de l’alignement espagnol sur l’axe Rome-Berlin et pour cela, toute allusion à la raison d’état, à l’économie et à la sécurité, tout recours à l’argument de l’intérêt national, est éludé au profit d’un discours fleuve sur le nazisme. 
Que nous apprend ce discours? Que l’esprit guerrier des nazis est l’illustration d’un “spiritualisme” exemplaire pour l’Europe. Que ce sens du sacrifice, cette noblesse d’esprit fait, selon Manuel Aznar, l’apanage des idéologies “anti-matérialistes” et contraste avec la mollesse de démocrates Anglais et Français. Ceux-ci sont corrompus par le sensualisme que permet la liberté, esclaves de leurs passions et du système économique qui repose sur celles-ci, car ils n’ont su, contrairement aux Allemands, “trouver la rédemption face à l’organisation des minorités israélites qui contrôlent l’argent”…
Il est bien connu que l’appât du gain, l’individualisme et le “malthusianisme” (sic), peuvent enliser à jamais une nation dans le chaos. Les espagnols, écrit Manuel Aznar, en savent quelque chose et la “victoire” du Caudillo place l’Espagne à l’avant-garde de cette croisade européenne contre le “matérialisme rouge”. Pour cet illustre journaliste et futur ambassadeur de l’Espagne à l’ONU, il n’y a donc plus l’ombre d’un doute: “le rouge prend la désormais la forme du conservatisme britannique”.
L’Espagne non seulement s’aligne du côté de l’Allemagne et de l’Italie pour continuer le combat commencé en 1936, mais aussi pour apporter sa contribution au nouvel ordre européen qu’Hitler veut imposer au lendemain de la guerre. Un nouvel ordre basé “scrupuleusement sur la justice” nous explique Manuel Aznar, sans pour autant entrer dans les détails.
Or, c’est justement parce que Hilter, “guidé à tout instant par la raison sereine, fait preuve d’une profonde connaissance des hommes et de l’histoire, fort d’un sens réaliste impressionnant et d’une pensée des plus élevées”, que ce nouvel ordre devra donner un rôle majeur à l’Église catholique, explique Manuel Aznar car, conclut-il, “du sein de l’Église surgissent les normes de justice universelle les plus pures”.
Nazisme et catholicisme sont donc des doctrines complémentaires dans la mesure où celles-ci recherchent la justice universelle tout en combattant le matérialisme.
Un grand écart difficile à opérer, mais dont s’accommode facilement Manuel Aznar, qui finit son texte en avertissant que “si quelqu’un regrettait le manque d’affirmations plus concrètes [ndt: concernant la politique européenne de l’Espagne] je lui dirai qu’il a une très mauvaise idée de ce qui est “concret”. Et qu’en plus, l’Espagne ne manquera pas de s’expliquer plus minutieusement quand le moment viendra”.
Pas la peine, donc, d’envoyer une lettre au directeur du journal. 

Je viens de retrouver, parmi mes papiers, un édito de l’ABC copié lors d’une recherche à la Biblioteca Nacional de España en 1999. 

Publié le 14 Juillet 1940 par Manuel Aznar, grand père de l’ancien premier ministre espagnol José-Maria Aznar, ce texte se présente comme une explication de la “politique européenne” de l’Espagne.

Or, très vite, le lecteur observe que Manuel Aznar n’évoque cette “politique” que de manière évasive. La place de l’Espagne dans ce “nouvel ordre mondial”, n’y est discutée que vaguement. 

Manuel Aznar préfère limiter son article aux motifs idéologiques de l’alignement espagnol sur l’axe Rome-Berlin et pour cela, toute allusion à la raison d’état, à l’économie et à la sécurité, tout recours à l’argument de l’intérêt national, est éludé au profit d’un discours fleuve sur le nazisme. 

Que nous apprend ce discours? Que l’esprit guerrier des nazis est l’illustration d’un “spiritualisme” exemplaire pour l’Europe. Que ce sens du sacrifice, cette noblesse d’esprit fait, selon Manuel Aznar, l’apanage des idéologies “anti-matérialistes” et contraste avec la mollesse de démocrates Anglais et Français. Ceux-ci sont corrompus par le sensualisme que permet la liberté, esclaves de leurs passions et du système économique qui repose sur celles-ci, car ils n’ont su, contrairement aux Allemands, “trouver la rédemption face à l’organisation des minorités israélites qui contrôlent l’argent”…

Il est bien connu que l’appât du gain, l’individualisme et le “malthusianisme” (sic), peuvent enliser à jamais une nation dans le chaos. Les espagnols, écrit Manuel Aznar, en savent quelque chose et la “victoire” du Caudillo place l’Espagne à l’avant-garde de cette croisade européenne contre le “matérialisme rouge”. Pour cet illustre journaliste et futur ambassadeur de l’Espagne à l’ONU, il n’y a donc plus l’ombre d’un doute: “le rouge prend la désormais la forme du conservatisme britannique”.

L’Espagne non seulement s’aligne du côté de l’Allemagne et de l’Italie pour continuer le combat commencé en 1936, mais aussi pour apporter sa contribution au nouvel ordre européen qu’Hitler veut imposer au lendemain de la guerre. Un nouvel ordre basé “scrupuleusement sur la justice” nous explique Manuel Aznar, sans pour autant entrer dans les détails.

Or, c’est justement parce que Hilter, “guidé à tout instant par la raison sereine, fait preuve d’une profonde connaissance des hommes et de l’histoire, fort d’un sens réaliste impressionnant et d’une pensée des plus élevées”, que ce nouvel ordre devra donner un rôle majeur à l’Église catholique, explique Manuel Aznar car, conclut-il, “du sein de l’Église surgissent les normes de justice universelle les plus pures”.

Nazisme et catholicisme sont donc des doctrines complémentaires dans la mesure où celles-ci recherchent la justice universelle tout en combattant le matérialisme.

Un grand écart difficile à opérer, mais dont s’accommode facilement Manuel Aznar, qui finit son texte en avertissant que “si quelqu’un regrettait le manque d’affirmations plus concrètes [ndt: concernant la politique européenne de l’Espagne] je lui dirai qu’il a une très mauvaise idée de ce qui est “concret”. Et qu’en plus, l’Espagne ne manquera pas de s’expliquer plus minutieusement quand le moment viendra”.

Pas la peine, donc, d’envoyer une lettre au directeur du journal. 

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